Les Amis de Bellegarde et du Pays Franc-Alleu
Mairie, 23190 Bellegarde-en-Marche

LA TOUR DE L’HORLOGE
Bellegarde était autrefois entourée par des fortifications dont la Tour de l’Horloge est le plus important vestige.
Cette tour défendait l’un des accès principaux de la ville — la porte occidentale — particulièrement sollicitée par les va-et-vient des gens et par les menaces extérieures. Elle commandait aussi l’axe traversant l’agglomération d’est en ouest, large tronçon de la route Auzances-Aubusson.
Ses origines nous renvoient au Moyen Âge et sont liées à l’une des périodes cruciales de l’histoire de la cité comme de la région. Au début du XIIIe siècle, se produisit en effet la conquête ordonnée par Philippe-Auguste, du territoire situé entre le Cher et la Tardes. À la suite, Bellegarde fut intégrée au domaine royal.
La construction des premières murailles se rattache à ces événements.
Elles formaient une enceinte autour d’un espace rectangulaire organisé selon le plan des bastides dont le sud-ouest de la France offre plusieurs exemples.
La ville devint un poste avancé du royaume face aux possessions des rois d’Angleterre et ducs d’Aquitaine ayant pour alliés les comtes de la Marche. En 1239, sous le règne de Louis IX (saint Louis), y fut installé le siège de l’une des quatre premières et plus grandes prévôtés royales de l’Auvergne. Bellegarde était en outre une ville franche, aux privilèges allodiaux : ses habitants étaient libres de leur personne et de leurs biens ; ils ne payaient pas de redevances ni d’impôts seigneuriaux.
Le bâti primitif de la tour date de cette époque. À sa base, l’appareil en pierres taillées de granit rappelle celui de la tour de Sermur. On distingue encore la feuillure sur laquelle battait la porte. À ses pieds et le long des murailles, courait un fossé dont le souvenir est conservé par une petite rue contiguë dénommée au XIXe siècle “Rue des fossés méridionaux”.
Plus à l’ouest, en contrebas, les abords de la ville étaient sécurisés par un profond dénivelé de terrain occupé par une zone d’eau, un étang, dont le franchissement par un étroit passage pouvait être facilement contrôlé.
Au cours des siècles, l’édifice connut des modifications, évidentes aux parties supérieures. L’apparition de “l’artillerie à feu” lors des débuts de la guerre de Cent Ans contraignit à substituer aux angles droits des formes arrondies. Des embrasures par lesquelles les gardes surveillaient l’horizon ont subsisté, ainsi que deux archères dont l’une en forme de croix, et une cannonière. De ces ouvertures on pouvait battre par le feu la contrescarpe du fossé et le glacis, et tenir des assaillants à distance.
Au cours de la guerre de Cent Ans, aux XIVe et XVe siècles, toutes les campagnes et les villes de la région eurent à souffrir des combats armés, des incursions de bandes et des dévastations. Bellegarde fut attaquée par une troupe du Prince noir, le fils aîné du roi d’Angleterre. La tour joua son rôle dans la résistance opposée par les Bellegardières et les Bellegardiers et par leur milice.
La même époque vit la création d’un petit État provincial dit "du Pays de Franc-Alleu", placé sous l’autorité du souverain, situé géographiquement aux limites de l’Auvergne, du Limousin et de la Marche. Il revint à Bellegarde d’en être la capitale. Les assises de cette entité administrative se tenaient à l’abri de ses remparts dominés alors de l’une de ses collines, par un château royal.
Plus tard, aux XVIIe et XVIIIe siècles, la Tour de l’Horloge perdit sa fonction militaire. Le bâtiment servit pendant un temps de prison pour des délinquants détenus provisoirement. Et surtout, il répondit aux besoins des gens par l’horloge installée à son faîte, égrenant les heures de jour comme de nuit.
Les habitants, avec leurs mandataires, ont toujours veillé à sa préservation. Les opérations de réfection ont été nombreuses. L’une d’elles est signalée par la date 1650 lisible à l’extérieur sur la partie ouest au-dessus d’une petite niche. Remarquons qu’à cette date la cité était très tournée vers les activités tapissières. Le “menu-verd” de Bellegarde avait acquis depuis les débuts de la Renaissance une renommée bénéfique à ses nombreux tapissiers et à l’économie locale. Plusieurs maisons de la Grand’Rue ornées d’écus du XVIe ou du XVIIe siècle continuent d’en témoigner.
Le sort de la tour se joua au XVIIIe siècle quand les villes murées furent incitées à s’ouvrir largement. En 1783, les Bellegardiers se réunirent en assemblées générales et décidèrent de supprimer les murailles sur l’emplacement desquelles ont été construits le boulevard méridional et le boulevard septentrional. Mais ils conser-vèrent leur Tour de l’Horloge.
Cette volonté se réaffirma un siècle plus tard, en 1880, face à un plan d’alignement de la voirie qui prévoyait sa disparition.
Entre temps, en 1818, en 1859 et en 1866, les municipalités avaient fait exécuter des travaux de maçonnerie, de charpente et de couverture. Enfin, en 1963, intervint un acte ministériel de longue portée avec l’inscription des façades et de la toiture sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Il y eut de surcroît en 1998, un recours aux techniques les plus modernes à savoir la pose d’une toiture en bardeaux qui s’accompagna de l’installation d’un système électronique d’horlogerie.
Réfections, rénovations, sauvegardes se sont de la sorte succédé pour garantir la pérennité de l’édifice. Les efforts prodigués font que cette Tour de l’Horloge est aujourd’hui, avec celle d’Aubusson, la seule à demeurer dans le département. Haut témoignage de l’histoire de la cité, elle est devenue à la fois indissociable et emblématique de Bellegarde.