Les Amis de Bellegarde et du Pays Franc-Alleu
Mairie, 23190 Bellegarde-en-Marche
LE FRANC-ALLEU :
UNE EXCEPTION FEODALE
Selon les historiens, un ALLEU est une propriété libre, par opposition au FIEF, qui est une concession royale. Lors de la genèse du système féodal, certains hommes, avec leurs terres, restèrent libres et « Francs », ne se réclamant que du Roi comme suzerain. C’étaient parfois d’anciens notables gallo-romains ayant fait allégeance au Roi franc, et lui ayant rendu quelques services (militaires), à diverses époques. Ils en obtinrent en retour des privilèges et exemptions fiscales. Ces terres s’appelleront donc des ALLEUS, détenues par des hommes libres, à régime particulier de relation fiscale avec le Roi.
Notre région a été peuplée aussi de quelques Francs, en remplacement des Wisigoths chassés par Thierry Ier, après la bataille de Vouillé en 507. Quatre siècles plus tard, le système féodal a eu du mal à s’installer dans cette région peu attrayante, au faible rendement agricole, mais loin des zones d’invasions des pillards de tous bords qui sévirent durant de nombreux siècles.
A partir du XIe siècle, le monde médiéval, mâtiné par la féodalité, commença à s’organiser, et le Roi reprit peu à peu la main sur son royaume, y créant des structures administratives et judiciaires. Il eut beaucoup de mal avec ses grands vassaux, mais aussi avec les terres allodiales perdues aux fins fonds de son domaine, rétives à leur inféodation. Si bien qu’il dut accepter une multitude d’accommodements locaux, dont, bien sûr, de maintenir les allègements fiscaux (pas de cens, etc.).
Le FRANC-ALLEU, dont Bellegarde devint la capitale administrative, résulte d’un "regroupement" de diverses terres allodiales éparpillées autour de Crocq, de Clairavaux, de Feniers, la moitié de Magnat-L’Etrange ; aussi à Prugnolas et Les Feux, près de Bourganeuf la Poitevine ; en Combraille : une partie de Mainsat, de Sannat, Léon-le-Franc, etc. ; en Bourbonnais : Virlet, Montcocu ; en vicomté d’Aubusson : partie de Néoux ; en vicomté de Turenne : Saint-Merd-la-Breuille, La Courtine, etc. Toutes ces terres étaient sans continuité territoriale, enclavées dans les provinces voisines : Combraille, Auvergne, Bourbonnais, Limousin (vicomté d’Aubusson, vicomté de Turenne) (carte ci-dessous, le Pays de Franc-Alleu est en rouge).
Pour en faire une entité fiscale homogène, Louis IX ou sa mère, Blanche de Castille, utilisèrent cette bastide de Bellegarde, nouvellement créée par Philippe-Auguste, en 1210, pour contrer l’influence anglaise et les turbulents Lusignan de la Marche. Ils y établirent donc, en 1239, une prévôté royale rassemblant toutes les terres du Franc-Alleu et dépendant de la sénéchaussée de Riom. Dès lors, ces terres seront soumises à l’autorité royale, au travers des structures de l’Auvergne, puis de la Combraille (elle-même auvergnate). Lorsque les seigneurs de Bourbon se rendirent maîtres de toute la région : Bourbonnais, Auvergne, Combraille, Marche, des ajustements administratifs firent parfois dépendre Bellegarde de la sénéchaussée de Haute-Marche (1531), puis, en 1535, du Présidial de Guéret. Par contre, sous Louis XI, les habitants du Franc-Alleu obtinrent la création d’une Élection particulière, qui, en 1554, fut réunie à celle de Combraille et, après quelques vicissitudes, définitivement intégrée à celle d’Évaux en 1667.
On le voit, au fil des siècles, une sorte de persillade compliquée, à la fois géographique et historique.
Quant à l’appellation : Bellegarde-en-Marche, dont on affuble actuellement la cité, qu’en dire sinon ce que disent tous les historiens : que la ville murée, l’ancienne bastide de Philippe-Auguste, se retrouva incluse dans la Marche, lorsque celle-ci mit la main sur la Vicomté d’Aubusson, en 1226.
Ce n’était donc qu’une enclave… à trois kilomètres près de l’Auvergne !
Jean Brunet
